Nadia Akacha : les raisons d’une démission

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Nadia Akacha

Nadia Akacha

Depuis hier, des rumeurs courent sur la démission de Nadia Okasha de son poste de directrice de cabinet du président de la République.

Sous un système très opaque, qui ne croit pas du tout à la communication, et le manque d’informations officielles ou de source fiable à la Présidence de la République, l’endroit est devenu propice aux rumeurs. Dès lors, à partir de bribes d’informations recueillies ici et là, la scène politique tunisienne tente de deviner les véritables raisons de la démission du « n°2 » de l’Etat.

Nadia Okasha songe à démissionner depuis des mois, et bien avant le 25 juillet, elle en a parlé à plusieurs de ses proches.

Accablée par les fardeaux de sa position et ce que le président exige d’elle, elle est épuisée. Faute d’équipe adéquate et, en tout cas, refusant de sous-traiter quoi que ce soit, il était toujours au four et au moulin. Non seulement elle gérait le bureau de la présidence, mais elle dirigeait aussi les affaires de l’État, les affaires du président, et les affaires de la famille… Elle ouvrait seule le courrier dédié à la présidence ! Avec des journées qui pouvaient facilement atteindre quinze heures, elle était au bord de l’épuisement. C’est ce qui s’est passé le 28 janvier 2021 lorsqu’il s’est évanoui après avoir ouvert une lettre. Elle a cru – ou on lui a demandé de dire – une lettre empoisonnée. L’enquête qui a eu lieu à cette époque n’a abouti à rien de concret, et les forces de police spécialisées n’ont trouvé aucune trace de poudre suspecte.

Accusée d’être à l’origine de toutes les magouilles du palais de Carthage et d’avoir fait monter le président de la République dans une tour d’ivoire, Nadia Okasha était la cible privilégiée des opposants à Qais Saïd, notamment les islamistes extrémistes. Pas un jour ne s’est passé sans qu’elle ne soit agressée, souillée ou humiliée. Le degré de haine et de violence islamiste a atteint le point de toucher sa famille et son frère pour l’atteindre et la faire sortir du palais.

Ne supportant plus ces attaques quotidiennes, qui portent directement atteinte à son honneur et sa dignité, Nadia Okasha a jeté l’éponge à de nombreuses reprises, mais en mai 2021, elle a bien et justement écrit sa démission à présenter au Président. Net a rejeté ce dernier, qui a promis de lui apporter plus de protection face à ces attaques à répétition. Concrètement, il a rendu un ordre d’engager des poursuites judiciaires contre quelques personnes qui s’en prennent régulièrement au directeur de cabinet sur les réseaux sociaux. Il s’agit notamment du député islamiste radical Rashid Khiari et du blogueur Salim Jebali.

Juillet 2021, un tournant majeur avec la dissolution du gouvernement et le gel du Parlement.

Pour Nadia Okasha, c’était l’occasion de quitter le Palais de Carthage pour occuper le poste prestigieux de chef du gouvernement. Elle voulait être la première femme tunisienne à occuper ce poste. Qais Saïd le lui a même promis, selon les aveux de ses proches.

C’était sans compter les autres personnes que Kais Saied promettait au même poste, notamment Marouane Abbasi, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Tawfiq Charafeddine, le ministre de l’Intérieur, et Najla Bouden qui a réussi la « grève ».

A partir de ce moment, Nadia Okasha jette l’éponge et perd toute motivation pour rester dans le cercle de Kais Saied.

Elle a compris qu’elle ne pesait plus lourd face aux autres personnes qui influencent le président. qui sont ces gens ? Ils ne sont pas nombreux.

Il y a d’abord sa femme, Ashraf Chebeel, et la sœur et le mari de Mme Chebeel, qui vivent à Sousse. Ensuite, il y a le frère du président Nofal Saeed. Ensuite, il y a ses amis, notamment Rida Chehab Makki (dit Lénine), Sami Bennat, directeur des études stratégiques, et Sonia Sharbati, dont le mari, Kamal Fakih, a été récemment nommé gouverneur de Tunisie.

Alors qu’elle est depuis trop longtemps l’amante du président, Nadia Akash se rend compte qu’elle n’entend plus son oreille comme avant et qu’il prend ses décisions stratégiques loin d’elle. Elle a commis des erreurs et elle le sait, elle a été responsable des nominations désastreuses aux yeux du Président (notamment celle d’Hicham Michichi) et elle le sait, et c’est entre autres pour cela qu’elle a voulu démissionner . Mais bien qu’elle ne soit plus « l’influenceuse » numéro un, Kais Saied souhaitait la garder auprès de lui et même la faire fréquenter le Cabinet où, en théorie, elle n’avait rien à faire.

Dans sa quête pour compenser et redonner confiance, Nadia Okasha a pris d’autres moyens pour redorer l’image du président en donnant des briefings périodiques à quelques journalistes qui se comptent sur les doigts d’une main, quelques promoteurs (comme Riad Djerad et quelques animateurs de journalistes. Les pages Facebook de Sulphur sont chargées d’insulter tous ceux qui s’opposent au président).