Ce que Bourguiba dirait de nous aujourd’hui

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Ce que Bourguiba

Il y a vingt-deux ans, le premier président tunisien, Habib Bourguiba, décédait à l’âge de 97 ans. Bâtisseur de la Tunisie moderne, chef suprême, militant suprême, défenseur de la veuve et de l’orphelin (il était aussi avocat), homme de l’indépendance, on a gâché le choix de le nommer. Il voulait faire de la Tunisie la Suisse du monde arabe. Avec l’immortel Léopold Sedar Senghor, il souhaite que l’Afrique devienne l’ambassadrice de la francophonie. Habib Bourguiba, vénéré par de Gaulle, admiratif de Mandela, vénérant Kennedy et craignant les Arabes, n’était pas seulement un chef, il était le chef, le bâtisseur et le mentor. Que reste-t-il de sa mémoire ? Que firent ses fils et successeurs ? Un seul mot me vient à l’esprit, nous l’avons trahie et n’avons cessé de la trahir…

Le premier à avoir tourné le dos à Habib Bourguiba a été son premier ministre et ministre de l’intérieur, Zine El Abidine Ben Ali. Il a été expulsé du palais de Carthage le matin du 7 novembre 1987 par un coup médical (l’accusant de vieillesse) et incarcéré dans sa ville natale de Monastir chez le gouverneur puis au palais de Skanes.

Il est décédé, dans l’ombre, le 6 avril 2020. A ses obsèques, fermées à la foule, certaines personnalités mondiales ont assisté, dont le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le président français Jacques Chirac (à la tête d’une forte délégation), le président palestinien Yasser Arafat et le président yéménite Ali Abdullah Salah et le président ivoirien Robert Joy. Ensuite, il y a ceux dont l’absence était évidente, dont le roi du Maroc (qui a envoyé le prince Rashid), les dirigeants mauritaniens et libyens et tous les autres dirigeants arabes (seul le Qatar a envoyé un émir). Côté tunisien, l’imposition du cordon de sécurité a empêché la présence de nombreuses personnalités, dont son ancien ministre des affaires étrangères, Béji Caïd Essebsi, et plusieurs de ses anciens premiers ministres. Il a été remplacé par Muhammad Al-Nasser parmi les participants, bien qu’il n’ait pas été invité.

« En tête du cortège funèbre se trouvent des hommes masqués et un pistolet à la main ! Ce sont des membres d’un commando d’élite appelé les « Tigres noirs »… Ce sont eux que Ben Ali a choisis pour ouvrir et encercler le cercueil. .. Peut-être ne savaient-ils pas que Bourguiba était désormais inoffensif, et que ses rares partisans eux l’étaient. Bâillonnés… », témoigne dans « Les Leaders », Samir al-Gharbi.

 

Après le 7 novembre, Bourguiba a rarement été mentionné. Après le 6 avril, il n’est plus mentionné.

Bourguiba n’est revenu sur la scène médiatique politique qu’en janvier 2011 et la révolution tunisienne.

Désormais, nous nous efforçons d’honorer sa mémoire et de revendiquer son héritage. Dans le mausolée de Monastir, où il est enterré, il y a chaque année un cortège d’hommes politiques. Béji Caïd Essebsi, Mohsen Marzouk, Abeer Moussa, Moncef Marzouki, Kais Saied…

Le plagiat bourgeois s’est multiplié comme jamais et on essaie parfois de limiter les absurdités pour obtenir cette légitimité.